Antigone - Jean Anouilh

Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte... Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste , moi, et de me contenter d'un petit morceau, si j'ai été bien sage.


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# Posté le mardi 01 avril 2008 17:17

laissez-moi dormir. endormez-moi. permettez moi de dormir.

laissez-moi dormir. endormez-moi. permettez moi de dormir.
allongée sur mon lit, volets clos. l'infirmière entre, me demande si je dors. je ferme les yeux et fais semblant de dormir, priant intérieurement pour que cela me permette d'éviter des ennuis, ou une conversation. elle s'approche du lit. il y a des traces de mascara sur mes joues, ce mascara que je mets pour aller mieux. mon psychiatre m'a demandé de commencer mon séjour à la clinique en prenant soin de moi. je ne dois apparaitre hors de ma chambre que propre et bien coiffée, les yeux légèrement soulignés de crayon noir et d'une touche de mascara. je joue le jeu, espérant vainement ma récompense. mon week end. pour m'enfuir.

quelques larmes rageuses avaient fait couler mon maquillage pourtant discret. l'infirmière m'observe quelques secondes, puis me secoue rudement par le bras. viscéralement atteinte, comme "violée" par ce contact physique, j'en oublie de faire semblant de m'éveiller et ouvre brusquement les yeux, ahurie.

<< vous ne dormiez pas. et vous avez pleuré. >>

lasse, je ne réponds pas. elle me demande de la suivre à l'infirmerie, ce que je fais sagement. soudain je sens un peu de chaleur humide sur ma main. << pas ça... >> je prie intérieurement. nous arrivons à l'infirmerie. elles sont cinq, à discuter autour d'un café. elles me regardent entrer avec compassion et gentillesse, mais ces regards sur moi sont de trop. l'une d'elle aperçoit directement ce qui m'inquiétait quelques instants plus tôt. du sang, sur ma main. une large blessure faite quelques instants plus tôt dans ma chambre et que j'ai mal bandée. elles sont deux autour de moi pour remonter ma manche. tout en pleurant, je tente de me dérober à leurs mains expertes.

on m'ordonne de m'assoir. je m'assieds. je suis acculée dans un coin de l'infirmerie sur une chaise, deux infirmières autour de moi. elles me font enlever mon sweat à la manche à présent maculée de sang, sans se priver de pousser de petits cris horrifiés en découvrant l'ampleur des dégâts.

<< merde ! elle a mis du papier toilette ! faut vite enlever tout ça ça va s'infecter. >>

elles nettoient la blessure, et puis la recousent. je pleure, sans m'arrêter. on m'a oubliée. on ne voit plus que ma plaie. je ne suis plus qu'une plaie béante, à qui on administrera huit points de suture, et qu'on laissera partir, comme si le mal se résumait à cette plaie. je pleure, je pleure et souhaite mourir. l'une d'elle fait venir mon psychiatre. il accourt, l'oeil légèrement inquiet. bandée et recousue comme une vulgaire peluche, il m'a demandé que je lui parle. le regard noir, je l'ai fixé dans les yeux sans rien répondre tout en empilant des mouchoirs devant moi. je ne veux pas être aidée. je veux juste qu'on me foute la paix. je lui ai dit.

<< vous êtes malade ; le soin vous est imposé, mais vous guérirez dès lors que vous coopèrerez. vous ne comprendrez qu'après combien une vie humaine est précieuse.
- et si j'avais raison ? si la vie était réellement aussi pourrie que je le vois ? j'en ai marre, mais marre de me battre pour rien. j'ai plus envie, c'est nul et lâche, je sais, mais c'est pas juste...
- calmez-vous, calmez-vous... qu'est-ce qui n'est pas juste ?
- qu'on ne me laisse pas choisir ma vie...
- présentement vous ne la choisissez pas, vous la subissez. la dépression ne vous laisse pas le choix. vous vous détruisez, mais ce n'est pas vous... c'est le mal qui vous ronge, et ce n'est pas en vous coupant qu'il quittera votre esprit... il 'est pas dans votre corps même s'il se manifeste par votre corps à travers l'anorexie... >>

une infirmière m'a raccompagnée dans ma chambre, il était déjà dix neuf heures trente. je demande mon traitement du soir, histoire de ne pas attendre vingt et une heures avant d'envisager de tenter de dormir. elle me le permet à la condition que je mange quelque chose avant de dormir. j'accepte. je profite de son trajet aux cuisines pour prendre une douche. je rejoins enfin mon pyjamichou tout doux, ample et fluide. mes plaies bien cachées, je ne suis plus cette fille engoncée dans un costume social un peu trop étroit pour elle. j'ai les cheveux mouillés, le bras bandé et la cuisse encore couvertes de coupures, mais tout ça est pardonné par le sommeil qui m'attend.

l'infirmière frappe à la porte, entre avec un plateau. je trie. adieu pain, portion de fromage. je lappe ma soupe avec appréhension. elle me donne mon traitement et repart avec mon plateau.

<< dormez bien. n'oubliez pas que vous travaillez pour vous et que ce travail n'est pas contre nous. n'oubliez pas que vous voulez guérir. >>

je voulais guérir.

# Posté le lundi 31 mars 2008 17:44

Modifié le mardi 01 avril 2008 16:36

j'ai mal à l'âme à en crever, plus de motivation, et peur.

j'ai mal à l'âme à en crever, plus de motivation, et peur.


je suis seule dans ma brume. avec mes envies de mourir.
c'est atroce. je veux m'oublier, m'éteindre et qu'on me foute la paix.
la dépression devrait être interdite par la nature. les cliniques n'existeraient pas.
on ne nous ferait pas souffrir comme ça. j'ai peur des gens ici. des infirmières, des patients.

je vois mon psychiatre pour la première fois demain... j'ai peur.

comment se passent vos journées ? vous luttez, aussi, pour vivre, vous ?


Journée d'hiver


Nul rayon, ce matin, n'a pénétré la brume,
Et le lâche soleil est monté sans rien voir.
Aujourd'hui dans mes yeux nul désir ne s'allume ;
Songe au présent, mon âme, et cesse de vouloir.

Le vieil astre s'éteint comme un bloc sur l'enclume,
Et rien n'a rejailli sur les rideaux du soir.
Je sombre tout entier dans ma propre amertume ;
Songe au passé, mon âme, et vois comme il est noir !

Les anges de la nuit traînent leurs lourds suaires ;
Ils ne suspendront pas leurs lampes au plafond ;
Mon âme, songe à ceux qui sans pleurer s'en vont !

Songe aux échos muets des anciens sanctuaires.
Sépulcre aussi, rempli de cendres jusqu'aux bords,
Mon âme, songe à l'ombre, au sommeil, songe aux morts !

Léon DIERX (1838-1912)
Les lèvres closes

# Posté le samedi 29 mars 2008 17:58

Modifié le samedi 29 mars 2008 18:18

je veux partir

je veux partir
j'étouffe ici. à peine arrivée, j'ai dû me rendre dans ma chambre, ma belle prison. au revoir papa, au revoir maman. le psychiatre me met pour deux semaines en isolement total ; si dans deux semaines j'ai réussi à prendre deux kilos et à ne pas trop me faire de mal, peut-être aurai-je droit à un coup de téléphone, peut-être même à deux, trois heures de visite. je les ai regardés partir dans l'espace vert, du deuxième étage ; une infirmière mettait des draps dans un panier, dans mon dos ; j'avais lu quelque part que les chambres d'une clinique psychiatrique étaient très contrôlées. si l'infirmière m'enlevait ces draps, c'était par peur d'une tentative de pendaison. en regardant mes parents partir, je ne pensais qu'au sol, deux étages plus bas, qui aurait pu mettre fin à mon angoisse... qui aurait pu si on ne m'avais pas laissé que dix centimètres pour ouvrir ma fenêtre, toujours par peur d'une tentative de suicide.

<< je te laisse t'installer tranquillement, je reviendrai d'ici deux heures pour le déjeuner. >>

déjeuner. à peine arrivée, on me parlait déjà de manger. bouffer bouffer bouffer bouffer. elle est partie l'infirmière. je me suis effondrée en larmes sur mon lit. j'ai attrapé les deux anxiolytiques qu'on avait posé sur ma table de nuit en cas de crise d'angoisse. je les ai tous les deux pris, une grande gorgées d'eau en suffocant dans mes larmes, et puis j'ai pris une douche. allongée nue sous mes couettes, j'ai essayé de ne penser à rien. dormir, s'il vous plait. donnez-moi des médicaments pour dormir, ne penser à rien. m'oublier.

j'ai prié.
très longtemps.

personne n'est venu à mon secours. excédée, j'ai sorti ma petite lame de son étui. deux semaines sans me faire du mal ? deux semaines sans sorties ? bah, mon week end loin d'ici me semblait loin. peu importe. encore une fois, je voulais me couper. j'ai déchiré la peau. j'ai répandu sur le lino grisâtre mon sang d'un rouge profond. j'ai pleuré, à moitié endormie par les médicaments, dans mon sang. quand l'orgie et l'ivresse de l'automutilation sont parties, je me suis levée, ai tout nettoyé avec du papier toilette. je me suis fait un bandage de fortune en papier toilette après une seconde douche (froide cette fois pour stopper les saignements).

et puis, roulée en boule sur mon lit, je me suis endormie.

l'infirmière m'a réveillée vers midi. elle ouvrait les volets que j'avais clos pour être tranquille, loin du monde des vivants qui bouge trop vite pour moi. j'ai grogné, encore à moitié endormie :
<< laissez-moi s'il vous plait... j'ai besoin d'être seule...
- je ne peux pas vous laisser seule, dans le noir et sans rien avoir mangé... c'est l'heure du repas. vous descendez avec moi, nous allons au self. >>

ces quelques mots avaient suffis à me réveiller tout à fait. j'ai fondu en larmes :
<< je peux pas, je peux pas, je peux pas... je connais personne, je peux pas manger devant les gens, et surtout des gens que je ne connais pas...
- bien, ne pleurez pas, on va vous faire apporter un plateau !
- oui, excusez-moi du dérangement, je vous remercie... >>

j'ai balancé le contenu de mon assiette dans les chiottes.
c'est trop dur... trop injuste... j'aimerais tant savoir vivre...

# Posté le samedi 29 mars 2008 17:25

demain, à cette heure-ci, je serai à la clinique

demain, à cette heure-ci, je serai à la clinique
je suis seule chez moi ; ma mère partie faire les courses, mon père en déplacement chez une cousine, mes frères et soeurs à l'école. pour moi l'école, c'est fini, pour une durée indéterminée. mon psychiatre a eu la bonne idée de me déscolariser. je me sens maintenant réduite intellectuellement, handicapée par ma maladie, et plus que je ne le croyais. j'entre demain à la belle clinique où j'espère enfin trouver un peu de stabilité...

en attendant, je déambule comme une âme en peine au gré de cette maison que j'aime tant. aucun aliment ne pénètrera ma bouche avant que je rentre en clinique demain matin, où mon alimentation sera contrôlée ; j'emmerde la boulimie et advienne que pourra. si ne pas manger est dangereux, rendre ce qu'on mange en trop grandes quantités est monstrueux à mes yeux. je refuse. j'ai ouvert tous les placards pourtant, et ai admiré ces merveilles caloriques auxquelles je n'aurai plus accès à partir de demain. pas de problème, aucune crise en vue. le montre ne grandit pas dans mon estomac affamé, et mon corps n'est pas en proie aux angoisses du grand vide que j'ai creusé.

ma valise est bouclée, prête. mes parents ont mis cinq euros dedans, avec une lettre aux infirmière : à n'utiliser qu'accompagnée de l'une d'elles. la clinique a un distributeur de cochonneries, kit kat, twix, chips, bounty, mars, lion et compagnie. cette chose ne devrait pas exister dans une telle clinique dans laquelle de nombreuses personnes ayant des TCAs viennent se faire soigner... en une crise de boulimie on est capables de vider la moitié du distributeur. mes parents m'en interdisent l'accès tant que mon comportement alimentaire n'est pas stable. adieu, merveilles ! mon argent sera destiné aux cafés.

tout est prêt. la prochaine fois que j'écrirai ici, ce sera de la clinique.
j'attends.

# Posté le jeudi 27 mars 2008 04:47